Pékin dope son architecture

Autrefois à taille humaine, la ville a cédé au gigantisme. C’est une cité taille XXL qui accueillera le Monde à partir du 8 Août prochain.

Les Etats-Unis ont, bien avant l’ouverture des compétitions sportives des prochaines olympiades, déjà remporté une grande victoire. La Chine, pays de contradictions, rêve de pouvoir remporter plus de médailles que son rival nord-américain et gagner la lutte symbolique entre les deux hyper puissances mondiales. Elle a toutefois renié une partie de sa philosophie millénaire en matière d’architecture, d’urbanisme et de vivre-ensemble, en succombant au gigantisme et à la démesure si largement vantés chez les états-uniens.

Car pour accueillir les 29e Olympiades de l’ère moderne, Pékin a fait sa mue. Spectaculaire, la mue. Onéreuse et radicale aussi. La ville, pour accueillir les Jeux, s’est transformée en plus grand chantier de l’histoire. Un chantier terminé à temps, mais qui plongerait dans le trouble n’importe quel voyageur désireux de retrouver le Pékin d’avant travaux. En à peine cinq années, Pékin a détruit la majorité des hutongs, ses quartiers historiques et millénaires, faits de petites maisons basses à un étage construites autour d’une cour.

Aujourd’hui la capitale chinoise, à l’image des grandes villes US et de leurs fameuses skylines, donnerait presque le vertige. Pour redessiner la ville, il a fallu près de deux millions de personnes. Presque exclusivement des mingongs, des travailleurs migrants.

Le nouveau terminal de l’aéroport chinois est le bâtiment le plus emblématique de ce basculement vers le gigantisme. Inauguré par un premier vol le 29 février dernier, il représente la projection au sol d’un immense oiseau de proie, un superbe phénix qui se serait crashé en douceur. Car s’il est une chose qui n’a pas changé, c’est bien le goût des chinois pour la symbolique. Ainsi, chaque nouvel édifice construit représente une figure ou un symbole.

Deux autres constructions font depuis peu la fierté de la Chine. Le Grand Stade, qui représente un nid d’oiseau, peut accueillir 91 000 personnes. Les cérémonies d’ouverture et de clôture, ainsi que les épreuves d’athlétisme, s’y dérouleront. Si sa structure toute métallique peut dérouter, elle n’en est pas moins géniale de précision et d’intelligence. Ses concepteurs ont déjà été félicités par plusieurs prix prestigieux d’architecture.

Le Cube d’Eau, qui accueillera les épreuves de natation, est lui aussi déroutant. Constitué d’un revêtement peu habituel de bulles plastiques gonflées d’air, il est également une attraction architecturale.

L’austérité qui a caractérisé l’architecture chinoise cède donc la place au clinquant. Paul Andreu pourra en témoigner, lui qui a supervisé la construction de l’Opéra. Le vieux Pékin semble définitivement appartenir au passé.