2008
12
avr
Les Défenseurs des Droits de l’Homme enflamment le débat autour des JO de Pékin
La flamme olympique, dans son parcours autour du monde jusqu’à l’ouverture des Jeux de Pékin le 8 Août, faisait escale à Paris le Lundi 7 Avril. Juste après Londres et avant San Francisco. Une chance. Sauf que cette année, l’évènement a pris une tournure politique importante. Car le régime chinois fait face à un fort sentiment de rejet de la part d’une population mondiale condamnant avec force ses atteintes répétées aux Droits de l’Homme, au Tibet notamment. L’idée d’un boycott pur et simple des olympiades est encore peu diffusée, mais les plus motivés et engagés se sont retrouvés dans les rues de Paris le long du parcours de la flamme, bousculant très largement l’évènement.
Nous nous sommes donc retrouvés au pied de la Tour Eiffel, point de départ de la flamme, dès la fin de la matinée, afin de vous faire vivre de l’intérieur cette journée particulière. Un premier choc, le Champ de Mars semble désert et nous parions vite pour un désintérêt des parisiens quant à la flamme olympique. Une impression vite démentie par les différentes manifestations prévues ce jour-là. Peu à peu, des centaines de chinois viennent crier leur amour des Jeux, et leur dégoût de voir que leur pays suscite autant d’interrogations, voire de rejet. Alors, nous décidons de nous intégrer à l’un des groupes présent et de suivre le premier relais de la flamme en sa compagnie. Une vingtaine de personnes, toutes habitant en France, portant force drapeaux chinois et banderoles rappelant l’esprit apolitique des Jeux, défilent aux pieds de la Tour Eiffel. Leur leader et porte parole s’appelle Hua Sheng. Originaire de la province du Shaanxi, il est venu en France assez jeune pour rejoindre une partie de sa famille et avoir accès à l’éducation. Etudiant en communication, il répond aux questions de manière posée et réfléchie, mais parfois maladroitement. Alors que le groupe décide de migrer vers l’Avenue de Suffren, avant de bifurquer vers Bir-Hakeim pour suivre le parcours de la flamme, la discussion s’emballe. Hua Sheng estime que porter le débat vers les questions politiques, ce que font les autres manifestants, est une insulte au peuple chinois, car seul le sportif compte. Et lorsqu’on lui fait remarquer que sa présence est déjà un geste politique fort, il ne sait que répondre. Il préfère pointer les efforts consentis par le régime pour s’améliorer. Sheng argumente, estime qu’il a fallu plusieurs siècles pour construire la France que l’on connaît aujourd’hui. Un boycott de la cérémonie d’ouverture de la part des gouvernements occidentaux ne lui fait ni chaud, ni froid. Et si la Chine est une civilisation millénaire, il estime au début du XXe siècle la période à laquelle les autorités chinoises ont commencé la construction de la Chine moderne. Tout en réclamant du temps pour gommer les imperfections de son pays, qu’il sera l’un des rares à lucidement reconnaître, il continue à militer pour faire place au Sport, qui est une chance pour la Chine de s’ouvrir. Nous délaissons alors Hua et son groupe, pour nous diriger vers un autre étudiant chinois, accompagné de sa petite amie. Ce dernier tient un discours semblable à celui de Hua, mais accompagne celui-ci d’actes beaucoup plus violents. Alors que nous faisons un bout de chemin ensemble, nous croisons une manifestation organisée par Reporters Sans Frontières. Accompagnés de militants pro-Tibet, brandissant des tracts représentants des menottes disposées à la manières des anneaux olympiques, voire de la Une du journal Libération, ils appellent à coups de slogans au boycott des Jeux. Notre étudiant va alors violemment les prendre à parti, hurlant des Beijing ! Beijing ! provocateurs. Rejoint par des militants pro-chinois, il provoquera une discussion très engagée puis une bagarre. La flamme arrive peu après, calmant momentanément les esprits. Déçus par l’omniprésence des sponsors sur le parcours de la flamme, enivrés par la forte dimension politique de l’évènement, la majorité des spectateurs partent pour une bordée de huées à son passage. Les policiers sont débordés, très nerveux, et doivent s’employer rapidement alors que les premières tentatives de sit-in puis d’extinction de la flamme apparaissent.
C’est sur les Champs-Élysées que nous nous rendons par la suite. Nous arrivons à 14h15, le passage de la flamme étant prévue à 14h30. Elle arrivera finalement avec près de 45 minutes de retard. Sur les Champs, les pros chinois sont parqués d’un côté, près de l’Arc de Triomphe, alors que les pros tibétains leur font face. La foule est peu nombreuse, l’ambiance beaucoup plus apaisée qu’un peu plus tôt dans la journée. Alors qu’arrive les premiers cars de police, puis la « caravane » publicitaire, les premiers sifflets percent la relative quiétude jusqu’ici de mise. Les « costards-cravates » des banques alentours sont descendus dans la rue, certains lâchant des « fachos » à destination des chinois présents. Et toujours les mêmes huées au passage de la flamme. Nous nous faisons plus pressant dans nos questions, plus provocateurs. Fatigués par la langue de bois des chinois et leurs discours convenus, nous musclons nos questions. Sans succès.
Ces manifestations hostiles ont poussé le Comité International Olympique dans un climat de crise. Habitué à ces situations (Jeux Olympiques de Munich en 1972, menaces de Boycott en 1980 puis 1984, scandale des JO de Salt Lake City), ce dernier a maintenu le parcours autour du Monde de la flamme. Largement condamnées par le monde sportif, qui se sent pris au piège d’une situation dont ils ne sont nullement responsables, ces manifestations connaissent un écho de plus en plus favorables au sein des populations.
Le climat s’annonce de plus en plus lourd jusqu’au 8 Août, date de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, entre les manifestations hostiles à la Chine et à ses Jeux, à la désinformation des médias chinois et à la prise de parole de certains des artistes les plus respectés.
