2008
19
juin
Entretien: Jean Philippe Manzelle
Après avoir écumé les pistes dans les catégories jeunes et épinglé, au passage, quelques titres à son palmarès ( champion de France junior et champion du monde 4×100), Jean-Philippe Manzelle, faute de temps et de moyen, se résout à quitter les pistes mais pas le monde du sport, ni le milieu de l’athlétisme.
Quelques années d’études « de com »plus tard et quelques opportunités saisies au vol, il est aujourd’hui l’attaché de presse de l’équipe de France et de la Fédération Française d’Athlétisme.
Il nous parle de son job, de son parcours et nous livre ses sentiments sur les prochains jeux à venir…
Présentations…
Jean-Phillipe Manzelle. 31 ans. Attaché de presse de l’équipe de France d’athlétisme et de la Fédération.
Ça fait 5 ans que je suis à ce poste et ça va être mes deuxièmes Jeux olympiques.
Quel a été ton parcours ?
On va dire un parcours assez classique, j’ai fait des études de « com », ce qui va très bien avec le métier d’attaché de presse. Et j’ai fait de l’athlé pendant 15 ans à un bon niveau, donc je connaissais très bien le milieu et la plupart des athlètes avant d’arriver au poste, donc… c’est assez logique que je me retrouve ici.
En quoi consiste ton job en quelques mots ?
C’est très large, ça va de la mise en relation entre les athlètes et les journalistes, à l’organisation de l’espace presse pour un évènement ou un athlète.
Ça peut-être aussi la promotion de différents produits de développement que la fédé peut sortir, mais mon travail au quotidien c’est surtout de répondre à la demande des journalistes, beaucoup de coups de téléphone…
Combien d’athlètes représentes-tu ?
Je m’occupe de tous les athlètes, si on m’appelle pour un athlète, je vais l’appeler, ça c’est mon taf ! Mais je m’occupe surtout de ceux qui ont décidé de passer par la fédé pour gérer leurs relations de presse, comme Christine Arron ou Eunice Barber qui ont fait ce choix-là, d’autres comme Ladji Doucouré ont un attaché de presse en dehors de la fédération.
Disons que je représente entre 60 et 70 athlètes…
Ca fait beaucoup !!
Ouais, c’est pas mal… mais c’est relativisé par le fait que ce sont souvent les mêmes qui sont convoités par les journalistes, ça se resserre autour d’une quinzaine d’athlète dont cinq, six, où la demande est très très forte : Christine Arron, Eunice Barber, Romain Mesnil, Yohann Diniz, Mehdi Baala et Ladji Doucouré.
« Dès que les jeux vont commencer, je pense qu’on va un peu oublier le côté extra sportif… je ne dis pas que c’est bien ! »
Tu es en contact direct avec la presse, est-ce que tu as été briefé sur un discours à tenir par rapport à la Chine ?
Nous en faite, on suit les consignes du CNOSF*, on a eu plusieurs réunions avec eux. La consigne c’est de suivre la Chartre Olympique et donc de ne pas avoir de signes ostentatoires de religions, de… prise de position politique… ça c’est la ligne de conduite qu’on doit suivre pout tout les Jeux et c’est le message qu’on va faire passer auprès des athlètes.
Toi, en tant que citoyen, qu’est-ce que tout cela t’inspire ?
(Il sourit)… Euh… c’est compliqué ! (Rires)… c’est vrai que tu peux avoir une position en tant que citoyen, mais moi… dans ce que je représente, je ne peux pas véritablement me positionner, j’ai un discours à avoir qui est policé par le fait que j’ai des directives à suivre.
Du coup, tu penses que ça va être des Jeux un peu spéciaux ou finalement comme les autres ?
Pour moi… oui ça va être un peu spécial, c’est vrai que la situation qui a précédé les Jeux, le passage de la flamme à Paris, les prises de positions des athlètes… font que ça va être des J.O vraiment spéciaux. Après… je pense que l’organisation va être au top comme les Chinois savent faire, avec des installations finies, pas comme à Athènes…
Je pense vraiment que ça va être de beaux Jeux, surtout avec les performances qu’on peut voir en ce début de saison, on va assister à de belles performances, de beaux records. Dès que les Jeux vont commencer, je pense qu’on va un peu oublier le côté extra sportif… je ne dis pas que c’est bien !
« …le foot prend tout nos talents, si tu cours vite, un recruteur de foot va venir te voir, te proposer un essai… »
Beaucoup disent qu’actuellement il n’y a plus vraiment de « leader » en France pour tirer l’athlétisme français vers le haut, plus de locomotive comme l’ont pu être Marie-Jo, Diagana ou même Galfione…
C’est vrai qu’on a perdu un peu ce côté « leader », mais je trouve qu’on a gagné en cohésion d’équipe, il y a beaucoup de personnes qui peuvent vraiment apporter à l’athlétisme français et qui ont une image auprès du grand public, il ya Christine Arron, Ladji, Romain Mesnil… c’est beaucoup plus homogène, pour moi il y a une dizaine d’athlète qui peuvent tirer l’athlé vers le haut.
Tu parlais d’un manque de moyen et d’exposition comme un grand obstacle à l’athlétisme ?
Le problème c’est qu’on perd des talents à cause des autres sports, on est dans une société où le foot prend tout nos talents, si tu cours vite, un recruteur de foot va venir te voir, te proposer un essai… le foot… c’est un rêve pour tout les gamins, y a de l’argent, c’est médiatique… donc quand il y a un choix à faire, on choisit plutôt le centre de formation de foot que celui d’athlé parce que c’est plus médiatique et que les perspectives sont meilleures.
Centre de formation de foot, tu peux décrocher un petit contrat à la fin, en centre de formation d’athlétisme, tu n’as rien du tout, tu peux toujours avoir des petites aides mais ça reste du bricolage… c’est vrai qu’on a pas trop les mêmes moyens et qu’on ne peut pas trop lutter pour l’instant.
Mais c’est à nous de faire en sorte de conserver nos talents.
Comment ?
Récemment, on a créé « Urban Athl é » qui est un outil de détection et d’animation. Il y a des tests et suite à ça, certains peuvent être recrutés par des pôles. On essaye de créer des petites passerelles comme ça, pour vraiment tenter de repérer des talents et de les garder pour nous, en leur donnant les moyens de réussir et en les mettant dans de bonnes infrastructures.
Mais il ya de la concurrence avec les autres sports, c’est normal, chacun essaie d’avoir des champions.
Parles nous du côté animation, voir « social » de Urban Athlé…
Tout à fait, c’est pour ça que j’appuyais aussi sur le côté animation et pas seulement détection, parce que c’est important aussi d’animer les quartiers.
C’est un outil qu’on a mis en place depuis maintenant 2 ans, on va dans les cités, on met en place « un kit stadium », c’est une piste virtuelle où les jeunes peuvent faire de la course, du saut, des lancers… s’amuser, tout simplement.
« … chaque année Christine Arron est en retard et à chaque fois elle fait minimum une finale ou plus, donc on est pas inquiet la dessus. »
Bon, dans quel état de forme sont nos athlètes à 2 mois des Jeux ?
Ce n’est encore que le début de saison, tous les athlètes sont encore en préparation, car ils ont un but ultime qui sont les Jeux, donc ils doivent avoir un pic de forme et c’est pour les Jeux !
Certains sont un petit peu en retard sur leur préparation, mais bon… ce sont de vieux routards, comme Christine Arron par exemple… mais elle a l’habitude, chaque année elle est en retard et à chaque fois elle fait minimum une finale ou plus, donc on est pas inquiet la dessus.
Je pense que cette année, les français sont bien armés pour attaquer les Jeux, on a de bonnes chances, après comme d’habitude, ça va se jouer à rien… mais moi je le sens plutôt bien !
Peux tu nous pronostiquer une médaille « quasi-sûr » et une autre, disons plus surprenante ?
Je ne peux rien garantir, une médaille n’est jamais sûre, on l’a souvent vu en athlé. Après… je vois bien Mehdi Baala, c’est un garçon que je connais bien, que j’ai longtemps côtoyé et j’ai vu ce qu’il s’était passé à Athènes où il avait couru blessé, il s’était tordu la cheville… sans ça, déjà, je pense qu’il avait une médaille à Athènes…
Sinon, une médaille plus surprenante… (il hésite) c’est quelqu’un que le grand public connait bien à cause d’un accident qu’il a eu à Rome où il s’est pris un javelot, c’est Salim Sdiri. Il est revenu à son meilleur niveau, voir même un peu plus, je pense qu’il peut faire 8,30 mètres cette année, battre le record de France et pourquoi pas accroché une médaille.
En tant que spectateur, y a-t-il une image des Jeux qui te reste à jamais ?
Bien sûr il y a des images très fortes qui restent en tant que spectateur… mais avec mon job, je passe souvent les minutes qui suivent les courses avec les athlètes, je partage leur joie et leur peine et ce sont ces images qui me restent le plus… et je me rappellerai toujours de la détresse de Mehdi aux Jeux d’Athènes, j’étais tout de suite avec lui après la course et j’ai vu ce que c’était de perdre son rêve .
Sinon, une image plus sympa, c’est la médaille de Naman Keita, c’était vraiment inespéré, c’est un bon pote et ça m’avait fait vachement plaisir !
Pour mot de la fin, combien de médaille à Pékin ?
Bah… 2 ou 3, ce serait déjà des Jeux réussis !
Entretien réalisé par 13style


