Beijing à l’épreuve de l’universalisme Olympique

Les 29e olympiades de l’ère moderne se déroulent cette année du 8 au 24 août à Beijing. Retour sur l’histoire d’un évènement universel majeur.

« Plus vite, plus haut, plus fort ». La devise des Jeux Olympiques n’a jamais sonnée aussi vraie que pour les futures olympiades qui doivent se dérouler cet été à Pékin, capitale de la très puissante et controversée République Populaire de Chine et son milliard d’habitants. Un marché resté longtemps fermé, aujourd’hui à conquérir. Les contours du choix du comité olympique sont faciles à déchiffrer (Pékin plutôt que Toronto ou Paris, malgré un meilleur dossier français), et peu importe si le pays a longtemps été infréquentable en raison de ses violations répétées aux Droits de l’Homme. Une débauche faramineuse de moyens financiers, humains et techniques a été nécessaire aux chinois pour rendre possible l’accueil de la plus grande manifestation sportive planétaire, devenue depuis une paire de décennies une véritable aubaine pour le pays hôte.

Père des Jeux Olympiques modernes, Pierre de Coubertin n’a sûrement jamais songé à un tel gigantisme, lorsqu’à la fin du XIXe siècle il décide de rétablir les olympiades antiques. Celles-ci, nées en 776 avant J-C, se tiennent déjà tous les quatre ans et sont un symbole de l’unité culturelle des cités grecques ainsi que de la valeur qu’elles accordent aux athlètes. Les Jeux sont accompagnés d’une trêve militaire stricte tandis que seuls les citoyens, hommes libres, sont en droit d’y participer. Il n’y a aucun bénéfice financier à en tirer et les vainqueurs reçoivent une simple couronne d’olivier. En 393, l’Empereur romain Théodose Ier, sur demande de l’évêque Ambroise, décrète l’interdiction de tous les jeux païens. Il sonne alors le glas de Jeux Olympiques déjà fortement altérés depuis la domination romaine. En effet, le caractère sacré avait été érodé par de multiples violations tandis que des Jeux s’étaient multipliés à travers les villes pour devenir l’affaire d’athlètes “professionnels”. Expression de l’hellénisme, les Jeux Olympiques n’auront pas survécu à la décadence des cités.

En 1892, lors d’un discours à la Sorbonne, Pierre de Coubertin fait le vœu de redonner vie aux olympiades, dont la renaissance est votée à Paris deux ans plus tard par douze nations. En 1896, c’est symboliquement à Athènes en Grèce que se déroulent les Jeux. Initialement apolitiques, farouchement pacifistes et humanistes, les idéaux olympiques insufflés par le Baron de Coubertin seront assez fréquemment bousculés, parfois bafoués, mais aussi à l’occasion enrichis lors d’un XXe siècle extrêmement meurtrier, et témoin d’importantes évolutions politiques et sociales. Ainsi en 1900, pour la première fois, les femmes sont autorisées à participer aux deuxièmes olympiades modernes qui se déroulent à Paris. Il faudra attendre 28 années supplémentaires pour assister aux premières épreuves féminines d’athlétisme. Entre-temps, les Jeux de 1916, malgré la trêve prévue en cas de conflit, seront annulés. La Première Guerre Mondiale n’a pas permis le déroulement des épreuves. Les années qui suivent sont très bénéfiques pour l’olympisme, avec la création du fameux drapeau blanc aux cinq anneaux (1920), des olympiades d’hiver (1924) et de la flamme olympique (1928). Les vingt suivantes comptent par contre parmi les plus noires de l’histoire du mouvement olympique. Dans un climat politisé et malsain à l’extrême, les Jeux se déroulent à Berlin en 1936. Adolf Hitler est au pouvoir, et ses idées traversent déjà l’Europe. Lors de la cérémonie d’ouverture, les délégations allemandes, autrichiennes, italiennes, bulgares et françaises optent pour un très peu réglementaire salut nazi au chancelier, alors que le reste des 49 nations présentes optera pour l’officiel salut olympique. Ces Jeux Olympiques, censés démontrés à la face du monde la supériorité de la race aryenne, sont utilisés par les allemands comme un véritable outil de propagande. Précurseurs de la manipulation des masses par le sport (techniques par la suite très prisées par la Russie et la Chine communistes), les Allemands vont être défiés, et contredits, par un athlète hors norme. Jesse Owens, un noir américain de vingt trois ans, remporte quatre des plus prestigieuses disciplines de l’athlétisme, dont le saut en longueur et le 100m.

La seconde Guerre Mondiale empêchera le déroulement des olympiades prévues en 1940 et 1944. Encore une fois la politique et la guerre auront eu raison des Jeux, malgré cette trêve instaurée mais jamais respectée. A la sortie de cette guerre, les vainqueurs se réunissent à Yalta du 4 au 11 Février. Un sommet entre Roosevelt, Staline et Churchill que d’aucuns interprètent comme un partage du Monde par les Etats-Unis, La Russie et l’Angleterre. C’est aussi et surtout l’entrée dans une période de gel entre les deux blocs américains et russes, qui amènera à la guerre froide. A partir des Jeux de 1956, les troubles politiques mondiaux se répercuteront de manière quasi systématique sur les olympiades, définitivement orphelines de leur apolitisme originel. En 1956, les premiers boycotts sont enregistrés. Certains pays, dont l’Espagne et les Pays-Bas, protestent ainsi contre la répression russe en Hongrie. Par la suite certains Etats africains ne se rendront pas aux Jeux pour protester contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Les années 60 et 70 sont le théâtre d’importantes évolutions sociétales. Les mœurs changent aussi et le mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis d’Amérique prend une ampleur considérable. Les Jeux Olympiques sont télévisés pour la première fois en 1960, ce qui renforce leur ambition universelle, mais leur confère aussi définitivement une dimension politique. C’est lors de ces Jeux que Cassius Clay se révèle. C’est en regardant le podium du 200 mètres hommes des JO de Mexico en 1968, que le monde prend conscience de l’importance du mouvement afro-américain, et plus largement de la lutte menée pour les droits civiques. A cette occasion, Tommie Smith et John Carlos, respectivement premier et troisième de la course, lève leur poing ganté de noir. Un signe de protestation contre la ségrégation raciale qui sévit aux Etats-Unis, et de soutien au mouvement des Black Panthers.

En 1972, les Jeux Olympiques sont de retour en Allemagne, à Munich. Le contexte international, toujours fortement marqué par la guerre froide, est aussi définit par le conflit israélo-palestinien naissant. Le 5 septembre, un commando palestinien prend en otage une partie de la délégation israélienne. Neuf athlètes y trouveront la mort.

En 1980, les Etats-Unis et 64 autres pays boycottent les Jeux de Moscou, pour protester contre l’intervention russe en Afghanistan. Quatre ans plus tard, les Jeux olympiques se déroulent à Los Angeles. L’URSS et 14 de ses pays satellites boycottent la manifestation sportive. Ces jeux de 1984 sont très importants car pour la première fois une ville organisatrice arrive à dégager des bénéfices de l’organisation des Olympiades. Grâce aux droits télés, aux retombées financières liées au tourisme et aux investissements de sponsors privés, les Jeux deviennent un enjeu politique et économique majeur. Pour les athlètes, les retombées financières enflent également. Des évolutions aux effets négatifs, tant pour les décideurs politiques que pour les athlètes. La corruption se généralise et devient une pierre angulaire des dossiers de candidature que les villes présentent au comité olympique. Des pratiques mises en lumière avec le scandale des Jeux d’hiver de Salt Lake City en 2002. Du coté des athlètes, la pratique du dopage, bien que très ancienne, se développe outrageusement. Certaines affaires, comme les récentes mésaventures de l’athlète américaine Marion Jones (destituée récemment de ses cinq médailles obtenues à Sydney en 2000), ou des scandales comme celui provoqué par le laboratoire Balco, jettent le doute et la suspicion sur la quasi-totalité des performances réalisées par les athlètes.

« Plus vite, plus haut, plus fort ». La maxime a été scrupuleusement respectée, par les politiques et par les athlètes. Souvent, ces dernières années, au mépris de la légalité et de l’éthique.